Vernissage de l’expo Bob Morse et Mabel Odessey

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Merci à Claire Paries qui a écrit ce texte pour l’exposition à la chapelle St Loup, à St Loubes (pres de Bordeaux)

Un visage appareillé, un œil rivé au viseur remplacé le plus souvent maintenant par le masque d’un écran porté à juste distance pour le contrôle de l’image qui se forme : telle est l’idée qu’on se fait ordinairement du photographe qui avance en partie dissimulé derrière son outil, regardant le monde par machine interposée.

Mabel Odessey est une photographe à visage découvert, les deux yeux grands ouverts face aux êtres, aux choses. L’appareil photographique est déposé, comme mis de côté, ou parfois tenu, brandi à bout de bras le temps d’un éclair lumineux calculé. Pas de viseur, et donc pas de visée qui tente de maîtriser le cadre de l’image, la répartition des masses lumineuses, l’instant retenu. Pas de déclencheur pour la prise de vue, seule l’intuition de l’auteur pour agir, interrompre un processus en tenant compte de l’intensité de la lumière, de la mobilité des sujets.

Elle a renoncé à la maîtrise toujours plus grande offerte par l’industrie pour s’en tenir à ce qui a précédé l’invention même de la photographie : le sténopé ou la chambre noire. Une boîte hermétiquement close, avec une petite ouverture de la taille d’une aiguille qui laissant passer un rayon lumineux permet la constitution sur la face opposée de l’image inversée de ce qui est placé devant. Pour retenir l’image sur un papier sensible un temps d’exposition qui peut durer de quelques secondes à plusieurs heures selon la lumière ambiante.

L’image photographique qui reproduit ce que le regard a pu voir, déceler, n’intéresse pas Mabel Odessey. Elle veut se faire surprendre par la montée d’une représentation inattendue dans l’expérience de la réalité qu’elle a eu alors même qu’elle travaille des séries dont on peut dire qu’elles documentent la vie : les vides-greniers anglais dans les années 1990, les jeux partagés, les personnes d’une maison de retraite confrontés à des portraits d’enfants du même village, ou encore le travail avec des musiciens ou une danseuse.

La photographie conserve en halos plus ou moins prononcés les traces des mouvements, des déplacements qui ont eu lieu le temps de la pose, installe le flou qui peut aller jusqu’à l’évanescence d’êtres en disparition.  Certaines marques, lignes, bribes de lumière peuvent venir ponctuer la surface. La profondeur de champ quant à elle s’offre la netteté d’un contraste qui l’illimite. C’est ainsi que le temps, la durée rendus visibles, viennent habiter la photographie qui n’est d’ordinaire que l’épiphanie d’un très court instant.

La rusticité du sténopé, son côté rudimentaire échappant à la technologie contemporaine, au goût de l’abondance de détails, donnent la sensation d’une intemporalité qui échappe aux contingences matérielles de notre époque. C’est comme si l’image remontant du fond des âges, montrait dans ce qui est séculier la permanence de ce qui fait la vie des hommes, dans une présence à peine esquissée, comme une persistance tangible.

Ce que Mabel Odessey cultive dans les choix de ses sujets : musique, danse, sont ainsi pour elle des sujets de prédilection pour un accompagnement tout de mouvements, rythmes, énergie, rendus palpables. Dans les jeux elle opte pour ceux qui perdurent à travers les modes : marelle, saut à la corde, mikado, dominos, pétanque, jeu d’échec ou de dés qui rassemblent autant les enfants que les adultes de bien des époques pour s’attacher aux gestes ritualisés à la base des échanges humains.

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